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L’huile de palme en Malaisie
13 avril2016

Un paysage uniforme

Le long des routes de Malaisie, comme dans la région de Jerantut, le palmier à huile règne en maître. Depuis l’avion déjà, il semblait omniprésent, depuis le sol, il apparaît comme LE paysage inévitable, exclusif même par endroits. Sur des kilomètres et des kilomètres, la route est bordée de part et d’autre de ces arbres fruitiers qui nous font immanquablement penser aux régions exotiques,  aux vacances au soleil, même. Ici comme dans d’autres régions du monde, ils sont surtout synonymes de production massive et de déforestation. Il est en effet surprenant de ne rencontrer que ces fameux palmiers sur de telles surfaces, et si, avec nos yeux de visiteurs occidentaux, nous les trouvons superbes, il nous est difficile de ne pas noter l’absence de biodiversité dans ces zones : sur un sol d’herbe courte, étagé en terrasse dès que la terre s’incline un peu, les palmiers s’alignent tels des soldats bien en rang comme poussant sur la jungle là où elle les côtoie de trop près.

Plantation de palmiers à huile.

Plantation de palmiers à huile.

Les plantations sont sillonnées de chemins d’accès qui séparent chaque rangée d’arbres de sa voisine, le long desquels des branches mortes sont alignées au pied des troncs. De temps à autre, un large panneau vert annonce le nom de la plantation. Des barrières marquent l’entrée pour les véhicules, parfois assortie d’une cabane, ou d’une petite maison en bois.

Sur la route, nous croisons une bonne douzaine de camions chargés d’énormes grumes : on continue de trancher dans le vif non loin de là. Un peu plus tard, nous passons devant une scierie… et des espaces desséchés, rasés d’où émergent quelques souches.

La Malaisie est le deuxième producteur mondial d’huile de palme après l’Indonésie et premier pays au monde pour sa vitesse de déforestation.

Une production controversée

Dans les pays occidentaux, comme en France, l’huile de palme n’a pas bonne presse, tant pour son poids sur la déforestation que pour l’impact de ses acides gras saturés sur la santé. Mais il est bien difficile de démêler le vrai du faux.

Zoom sur les fruits du palmier à huile.

Zoom sur les fruits du palmier à huile.

En Malaisie, il subsiste encore quelques petits producteurs. Ainsi, Ahmed, rencontré aux abords de Jerantut, nous explique que la petite plantation de “palm trees” que l’on peut voir le long de la route ne suffisait plus à sa propriétaire pour pouvoir envoyer ses 5 enfants à l’école. Aussi a-t-il continué plus loin, dans une exploitation plus grande, plus moderne, mieux équipée. Peut-on décemment le lui reprocher ?

Cependant, lorsque l’on échange avec les Malaisiens, il s’avère que la majorité des plantations sont désormais détenues par de grands groupes aux capitaux étrangers. Jay, rencontrée à Tana Rata, nous explique :

Personnellement je pense que la population malaisienne est opposée à 70 % à cette culture car elle n’apporte rien au pays et elle détruit nos forêts. Si encore cela faisait du travail pour les Malaisiens… Mais non, les grandes firmes font venir les ouvriers de Thaïlande, ou d’autres pays asiatiques où la main d’œuvre est meilleur marché. Vous avez vu dans les plantations quelle est la nationalité des ouvriers ? Ce sont à 90 % des Birmans. Quant à l’impact sur nos forêts, c’est tout simplement dramatique. La faune sauvage, par exemple les orangs outangs en pâtissent sévèrement et ce sont des écosystèmes entiers qui sont détruits ».

Dans sa guesthouse, des affiches encadrées montrent clairement sa position sur le sujet : ” deforestation kills more than trees” (la déforestation ne tue pas seulement les arbres).

Palmier à huile à Jerantut.

Palmier à huile à Jerantut.

Alors oui, l’accroissement des surfaces en palmier à huile est responsable de déforestation de forêt primaire, mais les organismes qui défendent cette production, telle que la MPOC (Malaysian Palm Oil Council) ont d’autres arguments : comparé aux autres huiles végétales telles que l’huile de soja ou l’huile de colza, le faible coût de production (malgré un besoin de main d’œuvre important à la récolte) couplé à de très bons rendements fait aujourd’hui de l’huile de palme un terrible concurrent pour les autres productions d’huile végétale. Ainsi le rendement total en huile d’un palmier atteint 4 T/ha, alors qu’il est de 0,8T/ha pour le soja et 1 T/ha environ pour le colza. Les palmiers à huile seraient donc une solution pour nourrir la population mondiale de demain tout en utilisant un minimum de terres. Cet organisme n’hésite d’ailleurs pas à insister sur le fait que 60 % du territoire malaisien reste couvert d’une forêt parfois 3 fois plus vieille que l’Amazonie et que ce ratio bien qu’en diminution reste bien meilleur qu’en Europe. Cela étant, la moitié de ces forêts comptabilisées est en fait constituée de palmiers à huiles et d’hévéas, donc les chiffres sont à prendre avec précaution, comme toujours…

La bonne nouvelle, c’est que certains producteurs commencent à se tourner vers une norme CSPO, certifiée, qui viserait à une meilleure sauvegarde de la forêt et de sa biodiversité. Cela sera-t-il efficace, ou n’est-ce que du marketing ?

Pour plus d’informations, rendez-vous sur ce lien.

D’autres problèmes sont à l’ordre du jour en Malaisie et surtout en Indonésie : il s’agit de l’impact social de ces développements sur les populations indigènes qui vivent dans la forêt et qui en tirent subsistance. Ainsi, en Malaisie, les Orang Asli sont régulièrement déplacés pour permettre de nouveaux défrichages.

Alors difficile de se faire un avis tranché sur la question… même si on penche quand même du côté de l’avis de Jay… En tant que consommateur occidental, il nous est possible de limiter notre consommation.  Selon nous, un meuble en bois exotique ou une pâtisserie avalée en 5 minutes ne valent pas qu’on arrache un arbre de la forêt primaire.

Et vous, qu’en pensez-vous ? Répondez à notre sondage ci-dessous et n’hésitez pas à partager votre opinion dans vos commentaires.

Prêtez-vous attention à la présence d'huile de palme dans les produits que vous consommez ?

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Cet article a été rédigé à l’aide de diverses rencontres sur le terrain, aux abords de plantations en complément de recherches sur le sujet. Malheureusement, la MPOC que nous avons questionnée sur le sujet a soudainement cessé de nous répondre à partir du moment où nous avons souhaité échanger sur le sujet de la déforestation…


Réponse au quizz précédent : Le Durian est un fruit qui sent tellement fort qu’il est interdit dans les lieux publics dans beaucoup de pays du sud-est asiatique. En revanche, il a un goût beaucoup plus modéré (un peu comme les fromages français odorants)…

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